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LA BASSE MAURIENNE
Auteur : Jean PRIEUR - Niveau de lecture : Public |
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Une porte bien défendue : les guerres, le patrimoine fortifié1. Les guerres d'Hannibal à la résistanceLa Basse Maurienne a vu passer toutes les troupes qui, durant des siècles, ont dû franchir le Mont-Cenis dans un sens ou dans l'autre. Certains épisodes célèbres, restés dais la mémoire collective, relèvent plus de la légende que de l'histoire. Lors de sa traversée des Alpes en 218 avant Jésus-Christ, Hannibal, après avoir quitté la vallée de l'Isère en direction de La Rochette, aurait rejoint la Maurienne par le col du Cucheron (1240 m. ), qui relie la vallée des Huiles au plateau des Hurtières. Ce chemin, le plus court, évite les marais des confluents de l'Isère, de l'Arc et du Gelon. Selon les historiens qui adoptent l'itinéraire mauriennais d'Hannibal, la topographie du plateau des Hurtières entre le col du Cucheron et le verrou de Charbonnières s'adapte très bien au texte de Polybe, qui reste la source principale sur ce sujet. Pour le haut Moyen Age, les écrivains mauriennais citent parfois les Hurtières à propos de Durandal, nom donné à l'épée de Roland, le célèbre paladin de l'empereur Charlemagne (768-814). La source est la Chanson de Roland, poème épique composé tardivement, vers l'an 1120. L'auteur raconte comment, au retour d'une expédition chez les Sarrasins, Roland blessé et mourant, apostrophe son épée Durandal, à lui donnée par Dieu, lorsque "Charles était dans les vallons de Maurienne (ès vals de Moriëne)". Partant de ce texte légendaire, certains en ont déduit que l'épée de Roland avait été fabriquée aux Hurtières avec le fer des Hurtières. A l'entrée de la vallée, les soldats trouvaient devant eux le verrou de Charbonnières, solidement fortifié dès le XIe siècle. On connaît assez bien les nombreux sièges de cette forteresse, depuis François 1er en 1536 jusqu'aux Espagnols en 1743. Sous la Révolution, la Basse Maurienne a été un lieu de violents affrontements entre les Français et les Piémontais. L'armée française de Montesquiou entre en Savoie le 22 septembre 1792 ; lorsqu'un détachement atteint Aiguebelle, il est refoulé sur Montmélian ; le passage ne sera forcé que le 29 septembre et, le 5 octobre, toute la Maurienne est occupée. L'année suivante, les Piémontais contre-attaquent en Haute Maurienne et le général français Ledoyen bat en retraite jusqu'à Aiguebelle ; arrivé là le 22 août 1793, il tient sa position. Le 11 septembre a lieu la bataille d'Argentine : le plateau de l'église occupé par mille soldats piémontais est dégagé par l'armée française, qui remonte la vallée. Enfin, en août 1944, lors du repli de l'armée allemande vers l'Italie, la Basse Maurienne est très éprouvée. Les soldats du maquis, installés dans des camps mobiles à Aiton, Argentine, Saint-Georges, sont actifs : le plus bel exploit est le sabotage du pont ferroviaire de la Pouille le 3 juin 1944. L'armée allemande réagit par des représailles, des prises d'otages, des exécutions ; de nombreuses maisons sont brûlées. A Saint-Georges, le 14 mars 1944, huit partisans sont massacrés au Plan du Bourget, le 27 août, des maisons brûlent ; à Aiton, le 25 août au soir, un terrible incendie détruit douze maisons au Villard, ainsi que les celliers des Bonvillarains. Presque toutes les communes sont concernées. Aujourd'hui, ces tragiques événements sont commémorés par des stèles ou des plaques ; dans l'église d'Argentine, on voit le vitrail des fusillés, avec les noms des victimes.
2. Le patrimoine fortifiéa. Châteaux, tours, maisons-fortesLa Basse Maurienne compte une vingtaine de châteaux, tours et maisons-fortes ; presque tous ces bâtiments sont en ruines. Ils ont appartenu à de grandes familles seigneuriales, dont la plus importante est celle de La Chambre. Les évêques de Maurienne ont fait construire un château à Argentine, puis un autre à Aiton. Du château épiscopal d'Argentine subsiste encore une tour, peut-être la plus ancienne de Maurienne : l'appareil de construction, avec les murs en épis ou arêtes de poisson (opus spicatum), la date du XIe siècle. En 1694, Valperga de Masin, évêque de Maurienne fait construire à Aiton un palais qui ne survivra pas à la Révolution : il sera définitivement rasé lors de la construction du fort en 1875. Enfin, beaucoup de maisons-fortes subsistent, parfois encore occupées aujourd'hui : à Aiton, Beauregard et la Muraz ; à Bonvillaret, le château au chef-lieu…
Liste des édifices fortifiés :
CharbonnièresLe verrou glaciaire d'Aiguebelle, qui barre l'entrée de la Maurienne, forme une forteresse naturelle. Un document de l'an 1044 signale déjà le "castrum carboneria" (château-fort de Charbonnières). Il servit probablement de résidence aux premiers comtes de Maurienne, qui ont eu de façon certaine à Aiguebelle leur premier atelier monétaire ; Thomas 1er y naquit en 1177. Devenu une importante forteresse, le château subit de nombreux sièges : en 1536, sous François 1er ; en 1557, par Lesdiguières ; en 1600, par Sully en présence d'Henri IV ; en 1630, par le maréchal de Créqui. En 1743, après avoir subi son dernier assaut lors de l'occupation espagnole, il est définitivement abandonné. Aujourd'hui, parmi les pierres amoncelées on découvre encore des vestiges imposants : traces de fossés, poudrière, citerne, puits... Saint-Georges-d'HurtièresL'emplacement au château est indiqué par le lieu-dit qui porte son nom (le Château) au-dessous du chef-lieu de Saint-Georges. Signalé dans un acte de 1256, on pense qu'il a été détruit par les armées de François 1er en 1536. Il appartenait aux seigneurs d'Hurtières, dont les armoiries figurent sur un vitrail et sur une peinture murale du XVe siècle dans l'église paroissiale de Saint-Georges. Aujourd'hui, on voit encore les derniers lambeaux de murs (avec revêtement en "arêtes de poisson"), ainsi que le fossé qui entourait le bâtiment. EpierreLe château, probablement édifié au XIIe siècle, a été reconstruit au XIVe siècle et restauré aux XVIe et XVIIe siècles. Il appartenait à l'importante famille de la Chambre ; aujourd'hui, il est propriété privée. Les vestiges sont imposants : tour rectangulaire, hautes murailles crénelées et percées de baies ogivales...
La ChambreLa célèbre famille de la Chambre possédait un puissant château sur la commune voisine de Notre-Dame-du-Cruet : il n'en reste aucune trace. Elle possédait aussi dans le bourg de la Chambre un château comprenant une tour du XIIIe ou XIVe siècle et un corps de logis plus tardif : aujourd'hui, ce bâtiment est une propriété privée.
b. Les fortifications modernesAprès la défaite de 1870, l'Etat-Major français se préoccupe de la frontière alpine. Dans le système défensif établi par le général Séré de Rivière, les Alpes étant considérées comme une barrière naturelle, surtout en hiver, on décide de ne fortifier que les débouchés des grandes vallées. De même que la vallée de Tarentaise est fermée par les constructions de la place d'Albertville, la Maurienne sera verrouillée par celles de la place de Chamousset, qui comprend les forts d'Aiton, de Montperché et de Montgilbert, avec des batteries et des blockhaus. Tous les ouvrages militaires qui jalonnent le promontoire descendant du Grand Arc au plan d'Aiton ont été désaffectés et vendus par l'Armée. Pour des raisons stratégiques, ces fortifications occupent des places de choix, d'où la vue s'étend fort loin. Aujourd'hui ces bâtiments font partie d'un patrimoine que nous devons protéger et exploiter. Le fort d'AitonL'extrémité du promontoire d'Aiton est l'un des plus beaux points de vue de la Savoie : le site a été utilisé pour la construction d'un prieuré au moyen-Age, auquel a succédé le palais épiscopal de l'évêque de Maurienne édifié en 1700 et abandonné à la Révolution. La place est alors libre pour les militaires. Le fort d'Aiton, est construit de 1875 a 1880, à 390 mètres d'altitude, sur les ruines du palais épiscopal : il comprend sept casemates, des magasins, une infirmerie, une cantine... La garnison de guerre est de 350 hommes ; l'armement de 16 pièces. Bientôt, des fortifications nouvelles (forts du Télégraphe, du Replaton, du Sapey) diminuent son rôle. La destination normale du fort d'Aiton en temps de paix est seulement le dépôt de mines et de poudres : un seul homme, le gardien de batterie, est de la surveillance du matériel. En 1914, au début de la guerre, le fort d'Aiton reçoit des troupes, qui réalisent des travaux de mise en défense ; mais, il se vide après quelques mois pour retrouver sa destination première, le dépôt. En 1943-1944, il est occupé successivement par la milice, l'armée allemande et le maquis. Dès 1945 il redevient un dépôt. Enfin, le fort d'Aiton connaÎt une affectation spéciale, lorsque, en 1962, il reçoit les "pensionnaires" du centre disciplinaire de l'armée française ou, plus précisément, la "compagnie spéciale des troupes métropolitaines". Lorsque cette compagnie est dissoute, en 1972, le fort est ensuite occupé par la 50e compagnie d'instruction, puis par le 7e B.C.A. L 'aliénation est décidée en 1984 et, en 1986, le fort est acheté par la commune d'Aiton pour la somme de 400 000 francs (en 1875, le devis de construction, sous-estimé, s'élevait à 450 000 francs-or). Le fort de MontperchéLe fort de Montperché, construit de 1875 à 1881 à une altitude de 1000 mètres, est situé sur trois communes : Bonvillard, Aiton et Bonvillaret ; il comprend 8 casemates ; la garnison de guerre est de 592 hommes ; l'armement, de 35 pièces. A la différence du fort d'Aiton rempli par les dépôts de munitions et d'explosifs, ce fort reste à peu près vide, mise à part une période de quelques mois lors de la déclaration de guerre en 1914. De même, en novembre 1939 le fort reçoit un détachement d'artillerie. Réaménagé en 1948, il devient un centre d'accueil pour les enfants de l'action sociale des armées : pendant 24 ans, jusqu'en 1972 près de 5000 enfants y sont venus faire un stage d'un mois. Enfin en 1979 le fort est vendu à un particulier pour 400 000 francs, alors qu'il avait coûté 1,5 millions de francs-or. Le fort de MontgilbertLe fort de Montgilbert, construit de 1877 à 1883 à 1400 mètres d'altitude, est situé sur les communes de Montgilbert et de Montendry ; c'est une grande construction rectangulaire à deux étages, recouverte de terre. La façade, typique de l'architecture militaire, présente une suite de sept ouvertures en arcadex, qui sont autant de portes ; les fenêtres sont nombreuses. Ce fort pouvait recevoir une garnison de 300 hommes. La puissance de feu du fort de Montgilbert est renforcée par cinq ouvrages épars sur le versant Sud de la montagne, en direction de l'Italie : la grosse batterie de Plachaux et les 4 blockhaus de Rochebrune, Tête-Lasse, Sainte Lucie et Foyatier. Le fort est vendu en 1966.
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