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VAUDOIS ET PROTESTANTS DANS LES ETATS DE SAVOIE-PIEMONT DU XVI° AU XVIII° SIECLE
Auteur : F.MEYER - Niveau de lecture : Scientifique |
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Les aleas de la politique du prince (1630-1730) II Les aleas de la politique du prince
(1630-1730) 3.La tolérance impossible ? (1689-1730) ·
Les équilibres diplomatiques européens sont pourtant en train de changer :
en 1688, la Glorieuse Révolution anglaise ouvre la voie à la monarchie
parlementaire ; en 1686 la Ligue d’Augsbourg regroupe les ennemis
de Louis XIV et fait des avances au duc de Savoie.L’idée, dans les Alpes,
serait de fomenter une révolte des protestants contre la France, en même
temps que de permettre aux vaudois de regagner leurs vallées. Un premier
commando, lancé en juin 1687, échoue, faute de préparation, ainsi qu’un
deuxième en juin 1688 . A la fin d’août 1689, les émissaires de Guillaume
III d’Orange, le nouveau roi d’Angleterre, montent une expédition avec
officiers , pasteurs, médecins,etc. à Genève et un millier d’hommes, dirigés
par le pasteur Arnaud et Josué Janavel. C’est la « glorieuse
rentrée » des Vaudois, depuis la traversée nocturne du Léman le 16
août, 200 km par les routes secondaires par les crêtes depuis le Haut-Faucigny,
le col du Bonhomme, la Haute-Tarentaise, le col de l’Iseran, le Mont Cenis,
le Clapier…jusqu’à Pragelas puis La Tour. Un affrontement avec les Français
a lieu à Salbertrand. Paysans armés de l’épée et de la Bible, ce sont
aussi des croisés sûrs de l’immunité. Le 11 septembre, à Sibaud, les rescapés
(ils n’auraient perdus qu’une dizaine d’hommes alors qu’ils auraient tués
400 Français, ce qui paraît peu crédible) proclament leur foi en un serment
collectif. C’est la seule résistance connu des protestants du Refuge.
L’hiver arrête les opérations. Mais le 2 mai 1690 à Balziglia, 300 vaudois
épuisés mais exaltés chargent les 4000 dragons français au chant du psaume
68 (« Que Dieu se lève et ses ennemis se dispersent »). Après
deux jours, il ne reste qu’un petit carré de survivants protestants :
il parvient à s’échapper grâce à un épais brouillard providentiel.Arnaud
dédie sa Chronique de la Glorieuse Rentrée des Vaudois à Anne d’Angleterre.On
retrouve ici l’exaltation des Camisards des Cévennes au début du XVIII°
siècle.Une étude en profondeur de cet épisode dans ses aspects militaires
aussi bien que mystiques reste à faire. ·
En février 1690, le duc a obtenu
de l’empereur la cession de sa suzeraineté sur certains fiefs piémontais
contre un millions de livres. Louis XIV considère ça comme une trahison.Victor-Amédée
II se retrouve allié de l’Angleterre et de l’Autriche, et entrainé
dans la guerre. Non seulement les vaudois ne seront pas poursuivis pour
leurs exactions, mais ils sont autorisés à rentrer en Piémont avec leurs
pasteurs.Les Anglais organisent un synode à Avigliana pour les réformés
et installent une communauté protestante à Turin.Les vaudois deviennent
des supplétifs pour le duc contre les Français. Comme le dit l’ingénieur
militaire français Bourcet, « ce sont des paysans très aguerris que
le roi de Sardaigne [NB :après 1718] arme lorsque nous sommes en
guerre ». En 1694, sous la pression de ses alliés et en pleine guerre
(catastrophique depuis 1690, le duc négocie déjà un renversement de son
alliance), le duc de Savoie publie un édit de tolérance –temporaire-garantissant
aux vaudois la liberté religieuse.La paix de Turin avec la France (29
août 1696), sanctionée à Ryswick en 1697, rend le Val Chisone au duc.
Selon une clause secrète Victor-Amédée s’engageait à en chasser
les protestants.3000 d’entre-eux s’exilèrent à nouveau, avec 7 de leurs
13 pasteurs, dont Henri Arnaud.Ils s’installèrent en Wurtemberg,
fondant des villages au nom de Pérouse ou Pinacle. Plus tard encore, après
la guerre de Succession d’Espagne et le traité d’Utrecht de 1713, Victor-Amédée
II s’engagea à réduire le protestantisme en Val Pragelas devenu piémontais.Il
limitait les assemblées à 10 fidèles seulement, interdisait d’aller suivre
le culte dans les vallées vaudoises et toute manifestation ostentatoire,
le baptême catholique était le seul reconnu.Ainsi étouffé le culte disparut
du Val Pragelas vers 1730. Cette même année, Turin (comme Paris d’ailleurs
pour la France) réitérait tous les édits contre les protestants.En Piémont,
mais aussi à en Chablais, le duc (et nouveau roi à partir de 1713) a fondé
une bourse pour les Nouveaux-Convertis, que la conversion coupe de leur
lignage.En Chablais le zèle des curés amène 43 plaintes contre la compagnie
des pasteurs de Genève de 1686 à 1754, essentiellement pour des « indécences »
lors de processions du Saint Sacrement. En 1701 le curé de Bernex (en
Savoie, mais proche de Chapitre) oblige tous les paysans qu’il rencontre
à plier le genoux devant l’hostie. En 1727, le maître d’école de Carouge
et en 1737 celui de Sézegnin sont interdits d’enseignement à cause de
leur protestantisme (le second s’est fait prendre avec deux pistolets
en poche).Ils sont remplacés par des catholiques.De même le roi ne permet-il
plus aux catholiques de servir comme domestiques chez des maîtres protestants
sur Saint-Victor et Chapitre en 1736 (F.Clerc). ·
Pourtant l’espoir de temps nouveaux
peut venir des réalités locales, pas toujours prêtes à relayer l’intransigeance
du souverain.A Présinge vers 1730, la population est restée religieusement
mixte. La dîme y est partagée entre les deux communautés. A Malagry (Genève),
le curé et le pasteur agissent de concert en 1717 contre une prostituée
et son souteneur qui se réfugiaient tantôt d’un côté tantôt de l’autre
de la frontière ! A Valleiry (Savoie) en 1712 fonctionne une école
tenue par un protestant à qui la compagnie des pasteurs de Genève a donné
l’autorisation d’enseigner aussi les enfants catholiques (F.Clerc).La
nécessité imposait souvent des accomodements, ne serait ce que pour permettre
le bon fonctionnement des villages, des récoltes. Des ouvriers agricoles
saisonniers protestants sont nombreux dans le diocèse d’Annecy au début
du XVIII° siècle, sur la montagne du Salève par exemple.Il ne semble pas
que les interdictions royales des années 1730 aient été scrupuleusement
suivies.Aussi ne faut-il pas s’étonner que l’idée d’un échange de territoires
entre Genève et la Savoie (puis entre la France et la Savoie) naisse dès
1715-1718. Ce serait un moyen de régler la question des minorités religieuses
et de ne plus entraver le commerce. La Savoie pourrait ainsi renoncer
à la souveraineté sur Saint-Victor et Chapitre. L’obstacle principal à
ce gentlemen agreement vint du clergé catholique, alors que la
cour de Turin était plus compréhensive aux attentes genevoises.La monarchie
« éclairée » de Victor-Amédée butait sur d’anciennes
pesanteurs. |
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