Le 14 octobre 2025, Microsoft a coupé le support officiel de Windows 10. Mais les utilisateurs européens n’ont pas reçu la même note que les Américains. Grâce au Digital Markets Act , l’éditeur a dû ouvrir gratuitement son programme de mises à jour de sécurité étendues (ESU) dans l’Espace économique européen, là où les autres pays doivent payer 30 dollars ou monnayer leurs données. Voici ce que cela change concrètement, qui est concerné, et les pièges à éviter pour activer le sursis avant qu’il ne soit trop tard.
Le bras de fer entre Microsoft et Bruxelles
Microsoft prévoyait initialement trois options pour rester sur Windows 10 après octobre 2025 : payer 30 dollars par an, dépenser 1 000 points Microsoft Rewards, ou activer la sauvegarde de ses paramètres dans le cloud via un compte Microsoft. Le groupe Euroconsumers a alerté la Commission européenne en juillet 2025 : conditionner l’accès à des mises à jour de sécurité à l’utilisation de services tiers contrevenait potentiellement à l’article 6(6) du Digital Markets Act de 2022.
Microsoft a reculé. Depuis fin septembre 2025, les habitants de l’Espace économique européen (EEE) peuvent s’inscrire au programme ESU sans débourser un centime, sans synchroniser leurs paramètres et sans utiliser leurs points Rewards. Cette décision concerne potentiellement plusieurs centaines de millions d’appareils : jusqu’à 400 millions de PC Windows 10 dans le monde ne peuvent pas migrer vers Windows 11, faute de matériel compatible.
Quels pays sont concernés (et lesquels ne le sont pas)
L’EEE regroupe les 27 États membres de l’Union européenne, ainsi que l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège. Microsoft a aussi étendu l’offre gratuite à la Suisse, qui pourtant n’appartient pas formellement à l’EEE. Au total, une trentaine de pays bénéficient du dispositif sans condition financière.
Le Royaume-Uni , lui, n’est pas concerné. Depuis le Brexit, les utilisateurs britanniques sont logés à la même enseigne que les Américains : 30 dollars par an, ou compte Microsoft avec sauvegarde cloud activée. Pour un foyer équipé de plusieurs PC sous Windows 10, l’écart franco-britannique peut représenter 60 à 90 euros par an. Les utilisateurs hors EEE qui tentent de contourner la restriction en modifiant la valeur DeviceRegion dans le registre Windows obtiennent un résultat aléatoire et risquent une révocation des mises à jour à la prochaine vérification serveur.
Les conditions techniques à remplir
L’inscription gratuite en Europe ne fonctionne pas sur n’importe quelle machine. Le PC doit tourner sous Windows 10 version 22H2 avec les dernières mises à jour cumulatives installées. Les anciennes versions, dont la 21H2, sont exclues sans appel. L’édition installée doit être Famille, Professionnel, Professionnel Éducation ou Professionnel pour les Stations de travail. Les éditions LTSC et LTSB suivent un calendrier distinct et ne sont pas couvertes par ce programme.

La connexion à Windows doit se faire avec un compte Microsoft administrateur , et non un compte local, un compte enfant ou un compte professionnel/scolaire. Enfin, la licence Windows doit être authentique et activée. Bonne nouvelle pour les foyers : une même licence ESU couvre jusqu’à 10 appareils rattachés au même compte Microsoft, ce qui rend la gratuité réellement intéressante pour les familles ou les associations qui maintiennent plusieurs PC anciens en service.
La règle des 60 jours qui peut tout faire sauter
C’est la condition la plus piégeuse. Pour conserver l’accès aux mises à jour, il faut se connecter au PC avec son compte Microsoft au moins une fois tous les 60 jours. Au-delà, le poste est désinscrit automatiquement, et il faudra recommencer la procédure. Concrètement, si une machine sert seulement deux fois par an pour la déclaration d’impôts ou un usage saisonnier, elle perdra son statut ESU entre deux usages.
La réinscription est gratuite et illimitée, sans pénalité d’aucune sorte. Le revers : elle se déclenche manuellement, et le PC reste vulnérable pendant la fenêtre où il n’est pas inscrit. Les utilisateurs habitués à un compte local devront accepter de basculer sur un compte Microsoft, au moins le temps de l’enrôlement, puis se reconnecter périodiquement. Pour ceux qui refusent ce compromis, l’achat ponctuel à 30 dollars reste possible et permet de garder un compte local sans contrainte de connexion répétée.
La procédure d’inscription, étape par étape
L’option apparaît dans Paramètres > Mise à jour et sécurité > Windows Update, sous la forme d’un bouton « S’inscrire maintenant ». L’assistant ESU vérifie l’éligibilité, demande la connexion à un compte Microsoft si ce n’est pas déjà fait, puis confirme l’enrôlement. Compter cinq à dix minutes pour une machine standard, à condition que le déploiement ait atteint votre région.
Car le déploiement reste progressif, zone par zone. Si le bouton n’apparaît pas malgré une configuration conforme, il faut patienter quelques jours, ou forcer son apparition. La méthode passe par l’invite de commandes en mode administrateur : activer le service DiagTrack avec sc start DiagTrack, puis ajouter une clé de registre via reg add "HKLM\SYSTEM\CurrentControlSet\Policies\Microsoft\FeatureManagement\Overrides" /v 4011992206 /t REG_DWORD /d 2 /f.
Les utilisateurs dont le DeviceRegion indique encore un pays hors EEE (cas fréquent sur les PC achetés à l’étranger ou configurés en anglais américain) devront aussi corriger cette valeur dans la clé HKLM\SOFTWARE\Microsoft\Windows\CurrentVersion\Control Panel\DeviceRegion.
Que faire après le 13 octobre 2026 ?
L’ESU grand public est strictement limité à un an. Pas de prolongation prévue, quelle que soit la méthode d’inscription ou la région. Les entreprises peuvent acheter jusqu’à trois années supplémentaires, mais à un tarif qui double chaque année (61 dollars la première, puis 122, puis 244 par poste). À l’échéance, trois options réalistes se dessinent pour les particuliers.
Migrer vers Windows 11 , si le matériel le supporte. Le test se fait via l’application PC Health Check. Les principaux blocages viennent du TPM 2.0 absent ou désactivé dans le BIOS, et des processeurs antérieurs à la 8ᵉ génération Intel ou AMD Ryzen 2000. Une vérification dans l’UEFI permet souvent de débloquer le TPM gratuitement, sans changer de PC.
Basculer sur une distribution Linux. Pour un utilisateur venant de Windows, Linux Mint , Zorin OS ou WINUX offrent une interface familière, fonctionnent sur des machines de plus de dix ans avec 2 Go de RAM, et restent supportées plusieurs années. Le ticket d’entrée principal reste la compatibilité logicielle : la suite Adobe et certains jeux protégés par anti-triche n’ont pas d’équivalent natif. Tester d’abord en version « live USB » via l’outil Ventoy évite tout engagement avant la bascule.
Remplacer la machine. Un PC d’entrée de gamme sous Windows 11 démarre autour de 400 euros neuf, ou 200 à 250 euros en reconditionné certifié avec un an de garantie minimum. Solution la plus simple, mais aussi la moins compatible avec les enjeux environnementaux qu’évoquent ouvertement les associations européennes pour critiquer la décision initiale de Microsoft.
Le calendrier à retenir
Deux dates structurent la fin de vie de Windows 10 en Europe : 14 octobre 2025 , fin du support standard, et 13 octobre 2026 , fin définitive de l’ESU grand public. Entre les deux, la fenêtre est étroite mais gratuite pour les Européens, à condition de basculer sur un compte Microsoft et de s’y reconnecter tous les deux mois. Au-delà, continuer à utiliser un Windows 10 connecté à Internet revient à exposer ses données à des failles non corrigées, dans un contexte où des centaines de millions de PC se trouveront simultanément hors support. Mieux vaut anticiper la migration dès maintenant que de découvrir l’urgence à l’automne 2026.
