Vous ouvrez le Gestionnaire de périphériques et vous tombez sur deux, trois, parfois six lignes intitulées « Périphérique clavier PIH ». Première réaction : doute. Un keylogger caché ? Un pilote corrompu ? Une faille de sécurité ? La réponse est beaucoup plus banale, et nettement plus rassurante. Ce sigle de trois lettres, présent dans tous les Windows en français depuis 1996, désigne un standard universel parfaitement légitime. Et sa multiplication suit une logique précise que personne ne vous explique.
Pih ne veut pas du tout dire ce que vous imaginez
PIH est l’acronyme français de Périphérique d’Interface Humaine , traduction directe de l’anglais HID (Human Interface Device). Il s’agit d’une norme USB ratifiée par l’USB Implementers Forum en 1996, qui standardise la communication entre un ordinateur et tout périphérique manipulé par un humain : clavier, souris, manette, lecteur de code-barres, casque audio, écran tactile, et même certains thermomètres médicaux.

Avant cette norme, chaque type de matériel avait son propre protocole. Une souris parlait un langage, un clavier un autre, un joystick un troisième. La classe HID a tout unifié. Un seul pilote générique gère aujourd’hui plus de 90 % des accessoires d’entrée. C’est précisément ce qui permet à un clavier USB de fonctionner instantanément sur un PC Windows, un Mac ou un Chromebook sans installer quoi que ce soit.
Le pilote correspondant dans Windows s’appelle keyboard.inf, fourni par Microsoft. Sur les claviers PS/2 plus anciens, c’est le fichier I8042PRT.SYS qui prend le relais. Ces deux fichiers sont systématiquement présents et font partie intégrante du système. Aucun téléchargement n’est nécessaire : le pilote PIH est déjà installé d’usine.
Pourquoi vous en voyez 2, 4 ou même 6 dans le gestionnaire
C’est la question qui revient le plus souvent. Avoir plusieurs périphériques clavier PIH affichés simultanément n’est pas un bug. C’est même la norme dès qu’on dépasse le cadre du clavier filaire basique.
Un clavier moderne ne déclare pas une seule « interface » au système, mais plusieurs. Un modèle gaming ou multimédia avec touches macro, molette de volume et raccourcis dédiés expose entre 3 et 5 interfaces HID distinctes. Chacune apparaît comme une ligne PIH séparée, parce que Windows traite chaque fonction comme un canal de communication indépendant. Sur un Surface Book avec dock connecté, 3 entrées PIH cohabitent en moyenne. Sur un clavier The G-Lab gaming, jusqu’à 4. Sur certains modèles Logitech haut de gamme, 6 et plus.
Les claviers sans fil amplifient le phénomène. Le dongle USB déclare un clavier générique pour assurer une compatibilité maximale avec n’importe quelle machine. Cela crée une ligne supplémentaire indépendante du pilote constructeur. Un clavier Bluetooth peut générer trois entrées : une pour le profil HID-over-Bluetooth, une pour le mode « boot » utilisé avant le démarrage de Windows, et une troisième pour les fonctions multimédia.

Ces doublons apparents ne consomment ni RAM significative ni cycles CPU. Ils ne ralentissent pas la machine, contrairement à ce que suggèrent certains logiciels d’optimisation qui proposent de les « nettoyer ».
Non, ce n’est pas un keylogger caché
La crainte est compréhensible. Voir plusieurs claviers listés alors qu’un seul est branché ressemble à un signal d’alerte typique d’un logiciel espion. La réalité est plus prosaïque : un véritable keylogger ne s’affiche jamais dans la catégorie « Claviers » du Gestionnaire de périphériques. Il s’installe en pilote système caché, ou en processus en arrière-plan invisible dans le panneau standard.
Deux contrôles suffisent pour vérifier qu’un périphérique PIH est bien légitime. Faites un clic droit sur la ligne, puis « Propriétés » > onglet « Détails » > « ID matériel ». Une chaîne du type HID\VID_xxxx&PID_xxxx&MI_00 confirme une identification USB standard. Dans l’onglet « Pilote », le fournisseur doit être Microsoft ou la marque de votre clavier (Logitech, Corsair, Razer, Microsoft). La date du fichier keyboard.inf doit correspondre à votre version de Windows, généralement 21/06/2006 pour les builds historiques.
Si l’ID matériel est vide ou que le fournisseur est inconnu, un scan complet avec Malwarebytes en version gratuite lèvera le doute en moins de 10 minutes. Dans la quasi-totalité des cas signalés sur les forums techniques depuis 2007, l’angoisse du keylogger s’est révélée infondée.
Quand le clavier pih plante : les correctifs qui marchent
Le code d’erreur 39 (« Windows ne peut pas charger le pilote de périphérique de ce matériel ») frappe régulièrement après une mise à jour Windows ou un retour de veille. Avant de réinstaller le système, trois manipulations résolvent le problème dans la grande majorité des cas.
Désactiver la suspension d’alimentation règle les pannes au sortir de la veille. Ouvrez le Gestionnaire de périphériques, déroulez « Claviers », double-cliquez sur Périphérique clavier PIH , onglet « Gestion de l’alimentation », décochez « Autoriser l’ordinateur à éteindre ce périphérique pour économiser l’énergie ». Effet visible au prochain démarrage.
Désinstaller puis redémarrer force Windows à réinstaller proprement le pilote. Clic droit sur le clavier PIH, « Désinstaller l’appareil », confirmation, puis redémarrage. Le pilote revient automatiquement avec ses paramètres par défaut, ce qui corrige les conflits hérités d’une mise à jour ratée. Cette manipulation prend 3 minutes chrono.
Vérifier le BIOS sur les PC où le clavier ne fonctionne qu’avant le démarrage de Windows. L’option « USB Legacy Support » ou « Wake on Keyboard » doit être activée pour les claviers USB. Sur les laptops post-2020, cette option est parfois désactivée par défaut après une mise à jour firmware UEFI.
Garder un second clavier filaire de secours (à moins de 15 € sur n’importe quel site) permet de réaliser ces manipulations même si le clavier principal ne répond plus du tout. C’est l’astuce que les techniciens utilisent en priorité avant toute intervention plus lourde.
Le piège classique : supprimer les doublons
Tenter de « nettoyer » en supprimant les PIH en double revient quasi systématiquement par effet boomerang. Windows les recrée au redémarrage suivant, parfois avec une configuration dégradée qui casse les touches multimédia ou la molette de la souris associée au même dongle. Plusieurs utilisateurs ont perdu les réglages de leur souris Logitech en supprimant un pilote clavier partagé entre les deux périphériques via le même récepteur sans fil.
La règle pratique tient en une phrase : si tout fonctionne, on ne touche à rien. La présence de plusieurs PIH dans Windows est le signe d’un système qui fonctionne comme prévu, pas d’une anomalie à corriger. La seule action utile consiste à intervenir uniquement quand un dysfonctionnement précis apparaît, et toujours sur la ligne marquée d’un point d’exclamation jaune, jamais sur les autres.
Avant toute manipulation, créez un point de restauration système. La commande « rstrui.exe » exécutée depuis Démarrer ouvre l’utilitaire en moins de 5 secondes et offre un filet de sécurité gratuit pour annuler n’importe quelle bêtise.
